À propos de Bab'Aziz et de Dunia
Par CEAPT Symbole copyright, mardi 2 janvier 2007 à 18:39 - Films - #22 - rss

le prince Bab'Aziz
Des personnages nobles et attachants comme le vieux derviche aveugle et la petite fille Ishtar, les deux héros de l’histoire, ou encore la beauté du jeune prince qui s’abîme dans la contemplation et qui vaut au film son titre, Bab’Aziz, le prince qui contemplait son âme.
Des visions pleines de sens quand, lors de la première scène, Ishtar, la petite fille, sort du sable après la tempête, métaphore de la langue arabe née du désert. Un récit construit comme un conte onirique derviche fait d’une quête d’absolu et de féerie des mille et une nuits. Une intimité de vision avec le haut soufisme d’Attar, Ibn’Arabi, Rumi. Une grande esthétique digne du seizième siècle moghol ou de l’étrangeté cinématographique pasolinienne ou de Paradjanov. Une sémillance musulmane à mêler dans de mêmes plans des images des différentes contrées des terres d’islam, de Grenade à Samarkand.
Tant de merveilles, me direz-vous, ainsi ! Oui et pourtant cette impression de saturation de poésie et de symbolisme à chaque instant, de lenteur plus cinématographique que méditative car la caméra va sans cesse chercher l’esthétisme ou la surprise. L’éternelle prière de l’univers, dont le réalisateur tunisien Nacer Kemir semble pénétré, ne coule pas si naturellement. Eh oui, qu’il est difficile de traduire en images une réalité spirituelle intérieure ! Cela dit, courez voir ce film somptueux mais parfois désarçonnant d’un grand cinéaste.

Dunia danse sur les toits du Caire
La femme, cette passagère clandestine
Nacer Kemir a voulu également par ce film accomplir un« acte politique » en montrant une culture musulmane « tolérante et hospitalière, pleine d’amour et de sagesse ». En cela, il a réussi car son « message d’amour » est en effet plein de tendresse et de tension vers un absolu spirituel, même si la femme, mis à part quelques danseuses, semble une passagère clandestine et indésirable et que le Dieu du désert ne pense apparemment pas à l’amour charnel. À ce propos, tristesse d’apprendre que le magnifique film Dunia, tout de poésie et de sensualité soufies, de la Libanaise Jocelyne Saab, vient d’être interdit en Égypte (pays du tournage) à cause d’un court passage réaliste sur l’excision d’une petite fille, une pratique massive en ce pays. Or c’était l’honneur de ce film, d’une beauté incomparable et comme intemporelle, de ne pas se voiler la face quelques minutes sur une réalité d’aujourd’hui. Tristesse aussi d’apprendre que la divine actrice de Dunia, emplie dans le film des chants d’amour du corps et de l’esprit, a décidé de ne pas soutenir ce film et a souhaité une «iranisation» du cinéma égyptien.
Pas de doute, l’art de montrer « un vrai visage intérieur de l’islam » aux Occidentaux et à la communauté musulmane, objectif avoué de ces deux films, est un combat.

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