Il en est de l’âme de l’homme comme d’une terre en automne : labourée, morcelée, démantelée en vue de féconds remaniements. Et passe l’hiver où tout semble suspendu, pétrifié, en attente, en retrait — nigredo des alchimistes… Les nouvelles modalités d’être à venir s’élaborent. Derrière l’apparente décomposition de la nature, la germination en œuvre s’opère au profond, dans les entrailles. Invisiblement. Puis vient l’éclatante arrivée du printemps, accompagnée de l’éclosion des bourgeons. Les journées rallongent. L’air se réchauffe. Les promesses vont pouvoir se concrétiser. Cependant, la période est faite de précarité, de tensions entre les contraires, d’oppositions. Malgré les retours intempestifs du gel, la grêle, les avalanches, la lumière est là, présente, dansante.
L’été — quant à lui —, récapitulera toutes les phases précédentes et les accomplira. Le travail antérieur des mois passés se réalise : c’est la maturité.
Mettre en parallèle les saisons et leur symbolique avec les différentes étapes de la guérison psychologique, tel est l’objectif — atteint — de Marie-Claire Dolghin dans ce livre où elle a su rendre évidente la parenté entre le psychisme humain et le langage de la création, en suivant le fil du temps avec ses cycles circulaires.


"Au travers des contes, il est toujours question pour l'homme de trouver les chemins de sa conquête intérieure."


Lois d’alternance

L’auteur s’appuie également, avec bonheur, sur les contes, rêves, mythes et chansons populaires pour illustrer les processus de la transformation. Elle en dissèque l’organisation interne et les mutations psychologiques, archétypales, qui les sous-tendent. Pour ce faire, elle utilise les procédés d’analyse jungienne — qu’au passage elle rend accessibles au lecteur qui ne les connaîtrait pas encore. Confrontant les matériaux culturels de nombreuses traditions populaires aux éléments psychiques, elle pointe les lois d’alternance toujours en jeu dans la spirale de la vie et le balancement permanent entre les phases de la construction-destruction et de la reconstruction. Par ailleurs, elle démontre au travers des contes, connus ou inconnus, combien il est toujours question pour l’homme d’accéder à sa propre royauté spirituelle : de trouver les chemins de sa conquête intérieure, en triomphant des difficultés du voyage, des ombres de l’âme que sont les Sorcières, des instincts destructeurs figurés par la voracité des Ogres, etc.
Marie-Claire Dolghin s’attache à souligner que ce qui se passe dans le cheminement de l’homme trouve un écho et se lit également dans son environnement. Cet état de similarité semble décrire une même opérativité, à l’œuvre dans toute la création. L’imbrication étroite entre l’esprit de l’homme et la matière de la nature peut servir de repère pour celui qui «retourne sa terre», et augure toujours du triomphe du vivant sur la mort. Cette transposition rappelle à l’homme le perpétuel retour de la végétation, l’éternel recommencement de la vie qui se réorganise et se remodèle sans cesse…



Les saisons de l’âme, des labours aux moissons – Analyse jungienne des contes de fées, de Marie-Claire Dolghin, Éd. Dervy, 2006, Poche essai, 9 €.