C’est au service diocésain de Troyes, constitué en association culturelle depuis 1996, que revient tout le mérite de ce beau rendez-vous spirituel et artistique. Un mérite qui s’origine, s’enracine, dans la passion d’une poignée de bénévoles pour qui l’alliance du sacré et de l’art se doit de demeurer aussi intense que féconde. Un parti pris, on le voit, qui n’est pas forcément à l’unisson de la tendance actuelle des festivals culturels contemporains. Si les objectifs furent à l’origine modestes — l’organisation de Rencontres musicales et spirituelles —, l’esprit demeurait fixé sur la volonté inébranlable de pouvoir offrir au public l’occasion de rencontrer des artistes et de créateurs de renommée mais surtout de pouvoir communier à ce «Beau» supérieur et transcendant qu’est l’art authentique, car non coupé de la spiritualité, source féconde où il puise son inspiration. Et ce, selon le très beau mot de Jean-Sébastien Bach, «pour la gloire de Dieu et le bonheur des hommes».

Le Dixit Dominus de Haendel et Françoise Dupriez-Flamand

De ces efforts dispensés sans relâche est né en 1999 à Troyes le premier festival «Art et spiritualité» dont le succès a immédiatement poussé ses organisateurs — dont au premier chef le Père Dominique Roy — à renouveler l’expérience deux ans plus tard. Et c’est sur ce rythme biennal que s’est poursuivie jusqu’à aujourd’hui l’aventure devenue un succès. Qu’on en juge d’ailleurs par le programme de cette cinquième édition qui offre à découvrir une dizaine de concerts — ne pas rater le Dixit Dominus de Haendel le vendredi 22 juin ! —, autant de conférences – dont «Les prémices du culte de saint Jacques» par Philippe Josserand — et de rencontres – avec les maîtres verriers Benoît et Stéphanie Marq —, sans oublier bien sûr de nombreuses expositions des œuvres peintes ou sculptées d’artistes tous tendus vers le même idéal spirituel.
Parmi ce copieux programme, relevons plus particulièrement, le mercredi 20 juin à 20 h 30 en l’église Sainte-Madeleine de Troyes (entrée libre), la chorégraphie de Françoise Dupriez-Flamand sur les Variations Goldberg de Bach. Donnée en création mondiale l’an passé à Alden Biesen, dans le Limburg belge, cette nouvelle œuvre est venue enrichir le répertoire déjà riche de l’artiste qui avait précédemment travaillé à Malte, Paris ou Bruges sur Marie-Madeleine, le Cantique des Cantiques et les Triomphes de Pétrarque.
Accompagnée alors in situ par l’organiste Luc Ponet dans une chapelle de l’Ordre teutonique, cette Étoile de la Scala de Milan souhaitait tenter l’expérience de la rencontre directe «de deux éphémères dans le "vivant" d’une représentation plus que jamais insaisissable dans son essence». Rencontre avec l’orgue, avec ces 32 variations qui toutes possèdent leur physionomie propre, leur propre déroulé harmonieux qui, peut-être, dévoile ce qu’il sous-entend pour qui sait entendre. Rencontre avec la danse, ces pas cadencés, arabesques et «déboulés» dont la chorégraphe se sert pour glisser sur l’œuvre, l’accompagner dans ses sinuosités et ses spirales éclairantes à plus d’un sens. Un pari risqué, mais ô combien réussi ; Assurément une première artistique, dans un mélange des styles qui est aussi un dialogue de deux arts, de deux maîtrises aussi bien sur le pavé de l’église que sur le clavier de l’instrument. Rencontre, enfin, entre l’En-Haut et son «tracé supérieur» — le divin Bach, ce «cinquième évangéliste» — et le bas dont ici le corps est le médiateur, l’outil et en même temps l’accomplissement dans l’élévation toute hermétique du geste "juste". Et c’est ce qui constitue, ce qui structure intimement, à la fois tout le talent de l’artiste — élève de Béjart et de Lilian Arlen — et qui donne à cette chorégraphie le souffle novateur d’une expérience jusque-là jamais osée : celle, «spirituellement spectaculaire» d’offrir à la musique de clavier une gestuelle qui se fait en même temps prière.


Françoise Dupriez-Flamand, Étoile de la Scala de Milan, dansera les Variations Goldberg de Bach le mercredi 20 juin en l'église Sainte-Madeleine.


L’exposition Marc Penninck de Landas

Nous ne saurions non plus finir ces quelques lignes sans aussi vivement conseiller au festivalier en puissance un détour par la superbe cave champenoise de Chassenay d’Arce où le peintre et héraldiste Marc Penninck de Landas exposera en juin et juillet une partie de ses œuvres sur le thème alchimique de l'«Aquarium des Sages». Vingt-cinq tableaux qui sont comme autant d’étapes d’un voyage philosophal vers les rivages radieux de l’Idée la plus pure et font de cet artiste flamand — qui a aujourd’hui planté son chevalet à Paris — le continuateur des vieux maîtres d’autrefois. Car il y a en lui du Van Eyck, par la tradition du Mestier qu’il suit en humble connaisseur, mais aussi du «gentilhomme de fortune», voire du pirate philosophe — la barbe garnie d’étoiles le verbe haut — habitué tout aussi bien aux rivages limpides de la mer du Nord qu’à cette célestielle et mercurielle navigation pour laquelle il a largué les amarres de la création voici déjà deux décennies. De ce périple hermétique, il a essayé d’en tirer l’essentiel — nous oserions dire l’Essence — pour faire naître avec talent et minutie sur ses toiles autant d’univers qui sont également des portes vers cet Ailleurs qui est pourtant Ici. Hic et nunc.

Oui, qu’il est aisé et agréable le chemin de Troyes.

J.G.



Festival «Art et spiritualité». Jusqu’au 23 juin. Entrée libre pour toutes les manifestations. Renseignements au 03.25.73.38.56. et par courriel à artculturespiritualite@acs3.info. Chorégraphie de Françoise Dupriez-Flamand sur les Variations Goldberg de Bach le mercredi 20 juin à 20 h 30 en l’église Sainte-Madeleine de Troyes.
Exposition de Marc Penninck de Landas : L'"Aquarium des Sages". Caves Champagne Chassenay d’Arce, 11 rue du Pressoir, Ville sur Arce. Tél. : 03.25.38.34.75. Vernissage le jeudi 21 juin. Ouvert en juin du lundi au samedi de 10 h à 12 h et de 14 h à 17 h 30 et tous les jours en juillet aux mêmes horaires. Prendre depuis Troyes la sortie «Magnant» sur l’A5 en direction de Dijon.

(1) Voir les Lettres de Symbole d’octobre 2006 et de février 2007.