Alain Husson-Dumoutier explore les Livres sacrés
Par CEAPT Symbole copyright, lundi 4 juin 2007 à 12:50 - Portraits - #85 - rss
Peintre par élan vital autant que par conviction métaphysique, Alain Husson-Dumoutier s'efforce depuis trente ans de mettre en résonance les vibrations subtiles de la lumière et les fréquences secrètes de la matière ; celle-ci ne se contente pas d'obéir à son injonction d’artiste, elle se laisse apprivoiser, accepte d’être son alliée. À Boulogne et à Paris, il expose 500 de ses œuvres, qui témoignent de son immersion dans l’alchimie des origines et le corpus des textes fondateurs…

Alain Husson-Dumoutier.

Maria de Magdala, 2004.
Sur la voie de l’Œuvre
Paradoxalement et, somme toute, joliment, c’est la paternité qui le guida vers l'enfantement. Alain Husson-Dumoutier a quatre filles : deux brunes aux yeux noirs, deux blondes aux yeux bleus. La première vient au monde en 1968 : déjà familier de Calder et s’étant laissé dire qu’un mobile placé au dessus d’un berceau peut éveiller l’occupant de ce dernier à une certaine intelligence de l’ordre des choses, il confectionne un bestiaire articulé qu’il suspend au surplomb de la petite Alexandra. L'histoire ne dit pas si celle-ci y puisera l’intuition de la rotation des planètes ; ce qui est avéré, c’est que, ce jour là, papa a mis le doigt dans l’engrenage. Quelque temps plus tard des plaques de métal colorées, rencontrées par hasard, lui inspirent un second montage. Un jour que le soleil réverbère sur le mur les jeux chromatiques de cette mosaïque en mouvement, Husson-Dumoutier a la vision de ce qui sera sa première toile. Turner et Nicolas de Staël seront les deux pôles de son initiation à l'art de retransmettre la lumière. Il ne s’emploiera plus désormais qu’à extrapoler la puissance chromatique du premier et à digérer l’ordonnancement cérébral du second. En 1981, il crée sa première œuvre phono-sensible. L'inconscient collectif est un tableau inspiré par l’œuvre de Jung ; par le truchement d’un dispositif à base de capteurs et de lampes, la zone centrale réagit aux sons aigus tandis que les parties extérieures font écho aux graves. Un procédé qu’il explorera à de nombreuses reprises et qui culmine dans les 7 piliers de la Sagesse, œuvre monumentale créée en 1995.
Sept piliers qui doivent moins à la lecture de T.E. Lawrence qu’à la fréquentation assidue des textes sacrés, des philosophies orientales et du Livre des Morts. Un miroitement sur un mur l’avait conduit à peindre : c’est la contemplation de son propre reflet dans le miroir de la mémoire des hommes qui le guidera sur la voie de l’Œuvre. Le phare d’Alexandrie sera son pilier de Notre-Dame : lorsqu’il la découvre à la fin des années 80, l’Égypte le bouleverse et le subjugue. Il y éprouve un sentiment mêlé d’immanence et de déjà-vu qui le fertilise et le gagne aux vertus de la prière. «La prière, pas le dogme ! La prière dans son acception cosmique : celle qui ouvre la voie de la lumière, qui met l’âme en résonance avec les mouvements de l’univers. Dans l’Égypte ancienne, mère de toutes les civilisations de la Méditerranée, pour qu’une œuvre soit belle, donc éternelle, il lui faut être “An”, c’est-à-dire construite, architecturée, “Net”, c’est-à-dire cohérente, formant à elle seule une cosmogonie autonome, et “Nefer”, c’est-à-dire touchant à l’impalpable, ouvrant un passage vers l’autre sphère. Le Notre-Père ne dit pas autre chose que la prière d’Akhenaton et, même si les Juifs ont longtemps tenté de présenter le système égyptien comme un polythéisme, il reste indubitablement la matrice des grandes religions adamiques…».

Rêves à base de hiéroglyphes, 1989.
La lumière-matière
La révélation nilotique se traduira par une production de près de huit cents tableaux. La peinture de Husson-Dumoutier est peinture d’alchimiste : de celles qui, squeezant le corps et l’esprit — ou plutôt les incorporant tous deux — cherchent à toucher l’âme. Cette quête passe par une reformulation radicale de la matière. Dans ses cryptes de l’Oise et de Provence, démiurge solitaire bien qu’absolument pas maudit, Husson-Dumoutier fond du plomb et sème de l’or dans des champs de pigments qui ravalent la gamme Pantone au rang de nuancier délavé. Les sables qu’il dissémine au gré de ces explosions irisées, de ces moires boréales, de ces paysages sans échelle, il les rapporte de ses voyages, de ses rivages, de ses pèlerinages. Les traits, qu’il dispense avec parcimonie, font une ossature diaphane à ces compositions fusionnelles où surgit parfois une figure, une colonne de feu, un ciel de poudre, un croissant de lune. «Nous sommes de la poussière d’étoiles, dit-il ; il n’y a aucune raison pour que l’esprit soit dissocié de la matière. La matière est une amie ! Chez les Égyptiens, la représentation de la divinité solaire est la même que celle de l'œil ; l’intelligence vient aux hommes par la lumière, et la lumière est matière — bien que la science se demande si elle n’est “que” matière…».
En 1996 l’Unesco lui commande deux trophées, inaugurant une collaboration qui lui vaudra d’être nommé Artiste pour la Paix et de produire Vent d’Autan, cent tableaux alliés à cent poèmes de Federico Mayor, alors directeur de l'organisation internationale. C’est aussi l’âge, pour Husson-Dumoutier, d’explorer plus avant la voie gnostique. L’Égypte l’a renvoyé aux origines ; il remonte la piste, s’immerge dans le Pentateuque, arpente les Évangiles, sillonne le Coran. «Ce qui m’intéresse n’est pas la phrase mais ce qu’elle contient. Pour celui qui ne se limite pas à la lettre du texte, qui fait l’effort d’en pénétrer l’esprit, le verbe des trois Livres transcende l’histoire des religions ; il prône, pour tous, en tout temps, l’ouverture à l'autre. La religion, de religare, c’est ce qui relie les hommes, non ce qui les sépare !». En trois ans, 1 500 tableaux jailliront de cette immersion. Il en détruira 900, jugés dissonants, «non propres» : Husson-Dumoutier n’est pas un perfectionniste : c’est un affineur. La matière ne se contente pas d'obéir à son injonction d’artiste, elle se laisse apprivoiser, accepte d'être son alliée : elle ne l’inspire pas, elle l’aspire ! Lui tient la main, sur le vieux chemin que nous descendons ensemble.
F.L.
1) Expositions Alain Husson-Dumoutier, Été 2007 : "Les Trois Livres Sacrés et l'Égypte" - Du 18 juin au 23 août - Musée des Années Trente, espace Landowski, 28, avenue André-Morizet, 92100 Boulogne-Billancourt (M° Marcel Sembat), Tél. 01.55.18.46.42. Et aussi : "Villes, Temples et Poésie" - Du 1er au 15 juillet - Pavillon Davioud, Jardin du Luxembourg, Paris 6ème. Renseignements 01.42.34.23.07.

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