Fils d'un homme politique breton, anti-clérical, plusieurs fois ministre, et de Madeleine Clamorgan, fondatrice des institutions Sainte-Marie, frère du cardinal Jean Daniélou, Alain Daniélou fut tout à tour musicien, danseur, champion de canoë, pilote de voitures rapides. À la fin des années vingt, il côtoie Jean Cocteau, Maurice Sachs, Max Jacob ou Serge Diaguilev, se lance dans un voyage d'exploration en Afghanistan (1932) puis dans un raid automobile Paris-Calcutta, séjourne auprès d'Henry de Monfreid en Mer Rouge, gagne la Chine, le Japon, l'Indonésie…
On le retrouve ensuite à Shantiniketan, «l'école alternative» de Rabindranath Tagore, où il enseigne la musique, avant de se retirer, avec son compagnon le photographe Raymond Burnier, dans un palais de Maharadjah, à Bénarès sur les bords du Gange. C'est là, au cœur de l'Inde qu'il vivra plusieurs années, étudiant la musique classique indienne, le sanskrit, le tamoul et devenant avec Raymond Burnier le premier Occidental à être initié à l'hindouisme shivaïte… Nehru prendra l'habitude de convier ses hôtes étrangers chez eux, au palais Rewa, pour leur montrer le vrai visage de l'Inde. Du même balcon, Daniélou voyait sans doute autre chose : une Grèce dionysiaque sous le signe d'Eros en harmonie avec sa physis particulière.
Et cette Inde archaïque, cette Inde d’avant les Anglais, Gandhi et les hippies, cette Inde «guénonienne» si l’on veut, c'est ce qu’il va s'employer à transmettre à son retour en Europe. Il traduit ainsi les grandes épopées tamoules, les contes, le Kama-Sutra et publie des ouvrages fondamentaux sur la religion (Le Polythéisme hindou, Shiva et Dionysos), la société (Les Quatre sens de la vie), la musique (on lui doit la «découverte» de Ravi Shankar), ainsi que la sculpture et l'architecture (L'Érotisme divinisé). «Spirituellement incorrect» (sa rage contre le puritanisme de Gandhi typique de la caste des marchands est un des sommets de son autobiographie), Daniélou a gardé jusqu ‘à sa mort – survenue en 1994 – une fraîcheur intellectuelle intacte. Une nature hors norme qui lui faisait dire à quatre-vingts ans passé : “ma barbe se refuse à pousser”.

N.G.



Pour en savoir plus : www.alaindanielou.org.


Le palais Rewa, à Bénarès, où l'auteur des Quatre Sens de la vie devint le premier Occidental à être initié à l'hindouisme shivaïte.