In memoriam : Jacques Bonnet (1910 – 2008)
Par CEAPT Symbole copyright, mardi 4 mars 2008 à 14:39 - Portraits - #168 - rss
Jacques Bonnet est décédé le 21 janvier 2008, à Roanne : il était âgé de 97 ans. SymbOle avait publié dans ses colonnes quelques extraits des Symboles traditionnels de la sagesse - ouvrage composé par cet auteur en 1971 - sous les titres suivants : L’étoile (n°1, octobre 2006), Les larmes, la myrrhe et la croix (n°5, mars 2007), Le doigt de Dieu (n°12, novembre 2007).

Jacques Bonnet : "Notre ambition a été de nous conformer à la méthode et à la pensée de René Guénon, en suivant, pour l’étude des textes dans leur langue d’origine, les procédés du midrash […] et en les reliant par la considération de la Canicule, qui semble avoir imprégné les esprits dans les diverses traditions durant les deux millénaires qui ont précédé le nôtre."
La retraite venue, Jacques Bonnet va se consacrer à l’édition des réflexions et des pensées mûries et accumulées tout au long des années. Celles-ci sont toutes dominées par l’idée fondamentale de Tradition, si magistralement restaurée au vingtième siècle par René Guénon, par rapport à qui Jacques Bonnet n’a jamais fait mystère de sa dette, ainsi qu’en témoignent par exemple ces quelques lignes extraites de l’avant-propos de Au lever de l’étoile : «Notre ambition a été de nous conformer à la méthode et à la pensée de René Guénon, en suivant, pour l’étude des textes dans leur langue d’origine, les procédés du midrash […] et en les reliant par la considération de la Canicule, qui semble avoir imprégné les esprits dans les diverses traditions durant les deux millénaires qui ont précédé le nôtre.» Axant sa quête sur la méditation des Livres et des grands textes du monothéisme, il s’attachera à illustrer au mieux, à travers son œuvre, le principe d’unité transcendante des religions, mettant en exergue les jonctions intérieures susceptibles de relier judaïsme, christianisme et islam, kabbale, gnose et soufisme. En outre, sa formation universitaire aura sans doute contribué, comme l’écrivait le professeur Lathuillère, à lui faire garder «la rigueur méthodique de l’esprit scientifique, le souci de la clarté et de la précision». Il collaborera activement, au cours des années soixante-dix et quatre-vingts, à la revue des Etudes traditionnelles, les articles y insérés formant la base rédactionnelle de certains des livres de «synthèse» publiés ultérieurement.
Nous ne saurions mieux conclure qu’en citant ces quelques lignes de Roland Denis dans l’hommage rendu à notre auteur par le Pays roannais : «Au terme d’une vie personnelle que la contingence n’épargna pas et qui fut un long, lent et lumineux cheminement, Jacques Bonnet a laissé là , et nous avec, les ombres puériles des 'étants', que sont toutes choses. Pour ceux qui l’ont connu, loin de l’oubli, Jacques Bonnet restera longtemps dans leurs pensées en cet état de dormition évangélique, dont l’évocation lui était si chère.»
H.A.
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Bibliographie
(l’exhaustivité n’en est point assurée)
- Les Symboles traditionnels de la Sagesse, éd. Horvath, 1971.
- Artémis d’Ephèse et la légende des sept Dormants, éd. Geuthner, 1977.
- Le «midrash» de l’Evangile de saint Jean, éd. J. Bonnet, 1981.
- La symbolique de l’Astrée, éd. J. Bonnet, 1981.
- Le livre des Grottes, éd. J. Bonnet, 1982.
- Le Loup vert, éd. J. Bonnet, 1984.
- La reine de Saba & sa légende, éd. J. Bonnet, 1985.
- Marie-Madeleine & son mystère, éd. J. Bonnet, 1988.
- Au lever de l’étoile, Tradition & symboles, éd. J. Bonnet, 1990.
- Les anges dans le judaïsme & le christianisme, éd. J. Bonnet, 1993. - Le festin d’immortalité ou le banquet céleste, éd. Dervy, 1997.
- Le site sacré de Vézelay, éd. J.Bonnet, 1998.
- Fioretti de Jeanne Chézard de Matel (en collaboration avec sœur Carmen Gonzales, cvi), éd. J. Bonnet, 2000.
- De quelques Immortels, éd. J. Bonnet, 2000.
- L’Evangile de saint Jean, éd. J. Bonnet, 2003.
- Les jardins d’Asphodèle, éd. J. Bonnet, 2004.
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Extraits de l'œuvre

"Entre sa chambre et celle de Salomon, la reine de Saba but […] l’eau présentée dans la coupe. Et, aussitôt après, l’union du roi et de la reine s’accomplit dans la chambre nuptiale […]."
On trouvera ci-après des extraits - dont nous laissons au lecteur le soin de qualifier le caractère judicieux (ou non) du choix - de quelques ouvrages de Jacques Bonnet. Les lignes ainsi proposées nous sont apparues comme le témoignage de la parfaite orthodoxie de notre auteur au regard de la position traditionnelle. Nous espérons contribuer par là -même à amplifier l’intérêt indiscutable que ne peut manquer de susciter son œuvre et de stimuler chez ceux qui ne l’auraient lue en aucune de ses composantes le désir d’en prendre connaissance.
La Sagesse
«Elle est un esprit qui aime les hommes»
Sagesse, I,6
«Elle est le souffle de la puissance de Dieu, …
le resplendissement de la lumière éternelle»
Sagesse, VII,25
«Sagesse» se dit en hébreu Hochma, mot tiré de la racine HKM qui, en akkadien comme en hébreu, en arabe ou en syriaque, signifie «saisir», «comprendre», «juger». Il y a ici conjonction de l’intelligence et de la volonté : la Sagesse est une vertu intellectuelle , une pensée agissante. De façon analogue, le mot français «ordonner» a les deux sens de «mettre en ordre» et de «commander». Juger et ordonner sont d’ailleurs les deux fonctions de la Sagesse d’après Aristote, et cela de par son union avec la Cause suprême, la Sagesse étant la première manifestation de l’Esprit qui, dans son sens primitif de «vent» (en latin spiritus est le souffle), saisit toutes choses pour les mettre en place.
Dans la partie de l’Ecriture sainte qui traite proprement de la Sagesse, celle-ci est parfois personnifiée, comme l’est le «Verbe» dans le christianisme et la «Parole» (vac) dans les Védas. Si l’on cherche une correspondance entre cette Sagesse de l’Ecriture et les dénominations chrétiennes, on la trouve tantôt avec la deuxième personne de la Trinité. Si l’on cherche une correspondance entre cette Sagesse de l’Ecriture et les dénominations chrétiennes, on la trouve tantôt avec la deuxième personne de la Trinité, tantôt avec la troisième, tantôt, dans la liturgie catholique, avec la Vierge. Les termes de l’Ecriture échappant à toute systématisation, la Sagesse apparaît tantôt comme créée, tantôt comme incréée, ainsi qu’il en est de l’Esprit dans l’islam.
Extrait de Les symboles traditionnels de la Sagesse.
La coupe de la reine de Saba
[…] Salomon offrit un festin à la reine la veille de son départ. Ce festin était destiné à l’assoiffer, alors qu’elle devait passer une seconde nuit dans une chambre attenante à celle du roi. Entre ces deux chambres, il avait fait placer une coupe d’eau fraîche […]. Etait-ce celle que lui avait donnée la reine ? la légende de ne le dit pas. Mais, quand le texte sacré évoque le cœur de la reine et ce qu’il contenait, on ne peut oublier que la coupe est le symbole du cœur : le cœur de l’homme est rempli d’abord de poison, puis de la grâce divine et de l’amour de la femme (qui est elle-même une coupe). Cette coupe, on peut penser que Salomon l’avait remplie de l’eau de sa sagesse […].
La coupe, que la tradition dit être un don de la reine de Saba est celle qui est vénérée depuis le XIIème siècle à la cathédrale San Lorenzo de Gênes C’est un vase en verre d’une couleur verte si belle que, pendant neuf siècles, on le crut taillé dans une émeraude. Ayant deux cercles à son centre, il a la forme extérieure d’un hexagone rappelant le «sceau de Salomon», d’où sans doute son attribution à la reine de Saba quand il fut le lot des Génois dans le butin rapporté par les Croisés en 1101. Puis, quand la chrétienté vécut à l’heure du Graal […], la coupe de Gênes fut réputée être celle où Jésus fit boire la liqueur d’immortalité à Ses disciples, dans la même salle de Simon où, quelques jours auparavant, Marie Madeleine avait répandu sur les pieds de Jésus le vase contenant un précieux nard. Après la mort de Jésus, la même coupe recueillit les dernières gouttes de sang émanant de Son corps. […] le roman de la Queste del saint Graal fit retrouver à Galaad, présenté comme descendant de Salomon, ce «vessel» du Graal dans un vaisseau mystérieux qui n’était autre que la «nef de Salomon».
[…] Entre sa chambre et celle de Salomon, la reine but […] l’eau présentée dans la coupe. Et, aussitôt après, l’union du roi et de la reine s’accomplit dans la chambre nuptiale […].
Puis la reine revint dans son pays, transformée, «soumise à Dieu», d’après le Coran qui […] unit son nom à celui de Salomon.
Extrait de La reine de Saba & sa légende.

"De même qu’elle faisait habituellement le service des disciples, Marie Madeleine s’était levée avant l’aube, apportant les aromates. Elle a cherché Jésus près du tombeau avec ses larmes. Elle L’a rencontré et L’a reconnu."
De Miryam à Marie en trois journées
1.- Cette première journée se situe treize siècles avant notre ère, la deuxième année de l’Exode. Les Hébreux, arrivés au Sinaï l’année précédente, avaient reçu les tables de la Loi cinquante jours après leur sortie d’Egypte, pour la Pentecôte. Ils avaient demeuré tout l’hiver qui suivit au pied de la montagne sainte et y avaient célébré une deuxième Pâque. Quarante jours après cette Pâque, ils levèrent le camp.
Les préparatifs étaient faits, et, ce matin-là , avant que Moïse donnât le signal du départ, sa sœur Miryam s’était approchée de lui. C’était elle qui, durant les mois d’attente, avait pourvu au ravitaillement des Hébreux, leur procurant l’eau et la nourriture. Moïse, en prévision du long voyage vers le Nord, dans une région inconnue, faisait encore appel à elle pour procurer l’eau nécessaire aux pèlerins. La Shekhina, qui habitait Miryam, devait répondre à sa prière. Dans cette confiance, il donna le signal : l’arche s’éleva, brisant le lien avec le séjour terrestre. Elle se poserait à nouveau au soir d’une première traversée du désert.
2.- C’est une journée comme les autres, dans l’entourage de Jésus. Les disciples ont passé la nuit là où ils ont reçu l’hospitalité de parents ou d’amis. Marie de Magdala s’est levée avant l’aube. Elle a allumé le feu et préparé la boisson d’orge et les galettes. Jésus avait coutume de Se retirer sur la montagne voisine pour y passer une partie de la nuit en prière. Quand Il arrive, Marie veut Le faire asseoir, Le restaurer des mets qu’elle vient de préparer. En a-t-Il goûté ? Il lui dit : «Ne Me retiens pas ; Je remonte sur la colline pour méditer encore et prier pour vous. Dis à Mes disciples que Je monte et qu’ils Me trouveront sur la hauteur.»
3.- Matin de Pâques. Tandis que les Actes des apôtres ont compté jusqu’à quarante jours le temps des apparitions de Jésus sur les collines de Galilée, l’Evangile de Jean a condensé ces étapes dans la seule journée de Pâques. De même qu’elle faisait habituellement le service des disciples, Marie Madeleine s’était levée avant l’aube, apportant les aromates. Elle a cherché Jésus près du tombeau avec ses larmes. Elle L’a rencontré et L’a reconnu. Un dialogue s’est échangé entre eux. Elle veut poursuivre l’entretien, s’asseoir comme jadis auprès du Maître, recevoir à nouveau Ses enseignements. Mais Il lui dit : «Ne Me retiens pas, ce n’est pas encore le temps du repos. Je monte vers Mon Père et votre Père, annonce-le à Mes disciples.» Le soir même, Il leur apparaîtra, leur donnant de Son esprit. L’étape de la journée avait été confiée à Madeleine, comme jadis à Miryam l’élévation, puis le repos de l’arche, siège de la Présence divine.
Extrait de Marie Madeleine & son mystère

"Je ne suis pas le Christ, mais je suis envoyé devant Lui. Il faut qu’Il croisse et que, moi, je diminue. (Jn 3,27-30)"
Chaîne spirituelle et Tradition
On sait la place que, dans toutes les traditions, tient la chaîne qui relie à l’origine. La chaîne n’existe que si un maillon est relié à celui qui précède, un ancêtre à son ascendant et à un descendant. La mort qui les sépare est la raison d’être du lien qui les réunit. Il y a, dans la voie qui mène de la Terre au Ciel, une continuité de transmission d’une personne à une autre, d’une communauté à une autre communauté, transmission d’un patrimoine spirituel grâce à une influence qui n’est pas d’ordre charnel et qui va jusqu’à permuter les privilèges.
Dans l’islam, qui revendique son rattachement à Abraham par Ismaël, une telle chaîne porte le nom de silsila, dont le nombre est, comme le galgal d’Ezéchiel, formé du nombre trois […].
Dans le christianisme, l’évêque, qui confirme la qualité de chrétien, est lié à la succession apostolique, elle-même précédée, dans la généalogie de Jésus, par la filiation de Joseph à David, à Juda, puis à Abraham, jusqu’à Adam mentionné «fils de Dieu», l’origine étant non humaine.
C’est ainsi que, par un processus dont la légitimité nous échappe, le christianisme a revendiqué la filiation abrahamique au détriment du judaïsme. Celui qui est lésé crie à la spoliation. L’Elu justifie Son droit au travers d’une épreuve de passion et de mort.
Le christianisme est rattaché au judaïsme par filiation charnelle et symbolique. Les premiers apôtres, avant d’être disciples de Jésus, l’étaient de Jean-Baptiste, lui-même parent de Jésus et qui disait de lui-même : «Je ne suis pas le Christ, mais je suis envoyé devant Lui. Il faut qu’Il croisse et que, moi, je diminue.» (Jn 3,27-30) – paroles qui rappellent la naissance des jumeaux de Rébecca et de Juda.
Jean-Baptiste s’efface devant Jésus, comme le disciple aimé de Jésus s’est effacé devant Simon-Pierre. Né six mois exactement avant Jésus, il est fêté au solstice d’été, alors que Jésus, comme le disciple aimé à qui a été attribué le nom de Jean, l’est au solstice d’hiver. Un soleil fait place à l’autre. Plus tard, la communauté de ce disciple se ralliera à celle de Pierre devant laquelle il s’était d’abord effacé.
La chaîne spirituelle a pu être représentée par le fil rouge des jumeaux de Juda (Gn 38,28), et aussi par cet autre fil rouge (Josué 2,18) qui a permis à Rahab de Jéricho de figurer parmi les ancêtres de Jésus (le judaïsme s’est contenté de le marier à Josué). Dans la constitution de la chaîne, un fil s’est détaché du maillon précédent pour former le suivant et relier l’origine à la fin. Dans la marche du pèlerin vers le sanctuaire, un pas quitte un domaine pour s’engager dans un autre domaine. Ce n’est pas, en principe, une question de supériorité ou d’infériorité. La voie contemplative est-elle supérieure à la voie active qui a permis la réalisation de l’autre ? «Ne pas juger» dit l’Evangile, du moins superficiellement (Jn 5,24).
Par une chaîne spirituelle, c’est la communauté apostolique liée à Pierre qui s’est transmise dans le christianisme, notamment dans l’Eglise catholique […]. La petite communauté de Jean, celle du disciple bien-aimé, que la tradition situe d’abord à Ephèse, avec la présence de la mère de Jésus, nous a laissé l’Evangile et les épîtres de Jean, avant de se fondre, au début du IIème siècle, dans la grande communauté […].
Extrait de L’Evangile de Jean

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