“Je ne suis pas un vieux sage mais un puer aeternus, un éternel adolescent, ne partageant pas les préoccupations des adultes, toujours ailleurs, un mercurien, pas les pieds sur terre, un aviateur, du type Saint-Exupéry”. Un corps frêle, une démarche souple, un air jeune et aérien renfermant une âme ancienne, pleine de savoir et de maturité intérieure, Jean Biès a gravi les pentes de l’Athos, celles du Mont analogue de René Daumal, il a parcouru les voies de l’Inde et le continent René Guénon, rencontré quelques êtres réalisés-libérés comme le sheikh soufi Hadj Adda Bentounès ou le saint orthodoxe russe Jean Maximovitch.
Et pourtant Jean Biès a gardé une âme d’enfant, celle qui le faisait lire avec émerveillement les voyages de Nils Hilgersson. Il a aussi gardé un pli qui ne s’en va pas comme ça, celui de professeur avec ses 35 ans de pédagogie. Car Jean Biès est fondamentalement un éveilleur à la vie de l’esprit et de... l’Esprit. Il a publié trente livres et une dizaine sont encore à paraître, dont le thème central est la spiritualité et ce, sous les variations et les genres de l’essai, du récit, du témoignage, de l’entretien, du poème. Citons ses extraordinaires Passeports pour des temps nouveaux (Dervy 1986), Les Chemins de la ferveur, voyage en Inde (Terre du Ciel, 1995), et son dernier ouvrage, Petit dictionnaire d’impertinences spirituelles (Entrelacs, 2006). "J’aime le mot immense” dit-il, on le croit. Mais ne vous y trompez pas, Jean Biès se veut avant tout écrivain et pas maître spirituel pour un sou. Il est vrai que sa langue respire une essence de nature poétique, c’est à dire faite d’honnêteté, de beauté et d’intériorité. ”L’écriture est ma vocation, mon absolu”.
Né à Bordeaux en 1933 et ayant vécu longtemps en Algérie, jean Biès aime l’Orient, son tao, ses soufis, ses Indes même s’il se reconnaît pleinement dans l’humanisme de Montaigne. Il nous est en vérité le plus précieux des hommes car il n’invente rien, il transmet. Des trésors dont il croit que tout le monde se fiche. J.B., ce vieux-jeune alchimiste-taoïste, de la plus authentique veine occidentale, est un transmetteur des savoirs les plus anciens, les moins maculés; bref il nous emmène avec lui dans les contrées de l’Être. C’est où ça ? Pas si loin mais c’est très inconnu.

O.G.



Pour mieux connaître Jean Biès, nous vous recommandons le site www.jeanbies.org/ et son autobiographie sous forme d’entretien : Par les Chemins de vie et d’œuvre (Les Deux Océans, 2001).
Par ailleurs, en écho à l’entretien qu’il nous avait accordé dans la revue-livre La Nature et le sacré que SymbOle a publiée aux Éditions Dervy, lire Sagesses de la terre, pour une écologie spirituelle (Les Deux Océans, 1996).